La lutéine et la zéaxanthine, des lunettes …

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Sur les quelque 600 membres de la grande famille des caroténoïdes, la lutéine et la zéaxanthine sont les deux seuls présents dans la rétine et le cristallin de l’œil. Elles semblent agir un peu comme le feraient des lunettes de soleil et protéger les yeux des effets délétères de l’exposition au soleil.

(article rédigé par Brigitte Karleskind pour Nature-Sciences-Santé)https://www.nature-sciences-sante.eu/accueil/

 

La lutéine et la zéaxanthine

 

 

L’exposition des yeux à la lumière du soleil fait partie des facteurs de risque de la cataracte comme de la dégénérescence maculaire liée à l’âge en raison des réactions d’oxydation qu’elle peut déclencher au niveau de la rétine et du cristallin.

Des travaux effectués sur les yeux de donneurs ont montré que la lutéine et de la zéaxanthine sont présentes dans presque tous les tissus de l’œil, associées à d’autres caroténoïdes. Mais la lutéine et la zéaxanthine sont les deux seuls que l’on retrouve dans le cristallin et la rétine. L’existence d’une protéine qui se lie spécifiquement à ces deux caroténoïdes explique leur présence.

La macula lutea ou pigment maculaire est au centre de la rétine, la membrane située au fond de l’œil dont le rôle est de concentrer les impressions lumineuses et de les traduire en signaux lumineux que le cerveau puisse interpréter. C’est une tache jaune d’environ 2 mm de diamètre, très riche en photorécepteurs, les cônes et les bâtonnets, les cellules qui reçoivent la lumière et jouent un rôle fondamental dans la vision. La présence de la lutéine et de la zéaxanthine dans la macula lutea a été décrite pour la première fois en 1985[1]. C’est à ces deux pigments jaunes qu’elle doit sa couleur et son nom (en latin macula lutea signifie tache jaune).

 

Une protection contre les dangers de la lumière bleue

La lumière visible produite par le soleil, celle que nous pouvons voir, est constitué d’un spectre de couleurs qui s’étend du violet au rouge. Nous la voyons blanche au quotidien et l’éventail des couleurs qui la composent apparait avec un arc-en-ciel. C’est, en fait, un ensemble d’ondes électromagnétiques, visibles par l’œil humain, allant de 380 nm (violet) à 780 nm (rouge).

L’exposition de l’œil à lumière bleue du soleil et, plus spécifiquement, à celle dont les longueurs d’ondes se situent entre 415 et 455 nm, est particulièrement nocive. Cette lumière bleue possède une énergie très élevée qui interagit avec les tissus délicats de l’œil en générant des espèces d’oxygène activé, des radicaux libres. Ces molécules très réactives vont oxyder les lipides de la rétine et du cristallin, générer une réaction en chaîne et des lésions. Lorsque ces réactions oxydantes lèsent la macula et les cellules photoréceptrices de l’œil, une dégénérescence maculaire liée à l’âge peut se développer et lorsqu’elles s’attaquent au cristallin, une cataracte apparaitre.

Parce qu’elles filtrent la lumière bleue, la lutéine et la zéaxanthine peuvent l’empêcher d’atteindre les structures de l’œil et d’y causer des dommages. Parce que ce sont de puissants antioxydants, elles sont capables de neutraliser les radicaux libres et leur action délétère. Elles peuvent donc avoir une action protectrice contre les effets néfastes de l’exposition de l’œil à la lumière du soleil et il semble important que leur concentration dans l’œil reste à un niveau suffisant.

 

Renforcer la densité du pigment maculaire

Même chez des personnes en bonne santé, il semble que la densité du pigment maculaire diminue avec les années. Cette diminution est aggravée chez les fumeurs et chez les personnes ayant des antécédents familiaux de dégénérescence maculaire liée à l’âge ou DMLA.

Il semble possible d’accroitre la concentration de lutéine et de zéaxanthine dans la macula et, par suite, l’épaisseur du pigment maculaire par une consommation plus importante de ces nutriments par l’alimentation ou par une supplémentation.

Des études ont, en effet, indiqué que des suppléments de lutéine – à des doses allant de 2,4 à 30 mg par jour – associé à une dose de zéaxanthine augmentent la densité du pigment maculaire[2]. Des chercheurs suisses ont également montré que la lutéine, la zéaxanthine ou la combinaison des deux, à des doses de 10 à 20 mg par jour, pouvait augmenter la densité du pigment maculaire. Chez leurs patients, après une supplémentation de 6 à 12 mois, la concentration plasmatique moyenne de ces deux caroténoïdesa augmenté jusqu’à 27 % et la densité du pigment maculaire de 15 %[3].

 

Un certain nombre de données épidémiologiques relient une consommation plus importante de lutéine et de zéaxanthine à une diminution du risque de développer une dégénérescence maculaire liée à l’âge. De même, quatre vastes études prospectives ont constaté que les hommes et les femmes qui avaient la consommation la plus élevée d’aliments riches en lutéine et en zéaxanthine, en particulier d’épinards, de choux et de brocolis, avaient 18,5 % moins de risque de développer une cataracte dont la gravité nécessitait une opération[4],[5]

DMLA et supplémentation en lutéine et zéaxanthine

Les études cliniques regardant l’effet d’une supplémentation en lutéine et en zéaxanthine sur des sujets atteints de DMLA sont peu nombreuses et les résultats pas toujours probants.

Dans l’une d’entre elles, 90 patients souffrant d’une DMLA atrophique ont consommé quotidiennement pendant un an 10 mg de lutéine, 10 mg de lutéine associés à une formule incluant des vitamines et des minéraux ou un placebo. Les résultats ont montré une augmentation de 36 % de la densité du pigment maculaire avec la prise de lutéine, de 43 % avec celle de lutéine associée à des antioxydants mais une légère baisse avec celle du placebo. La prise de lutéine a également amélioré l’acuité visuelle, certains paramètres objectifs de la fonction visuelle et la sensibilité aux contrastes[6].

 

A propos de la mésozéaxanthine

Certains compléments alimentaires contiennent de la mésozéaxanthine, en plus de la lutéine et de la zéaxanthine. La mésozéaxanthine est le troisième composant du pigment maculaire et est, en fait, un stéréoisomère de la zéaxanthine. Mais si l’on trouve naturellement de la lutéine et de la zéaxanthine dans l’alimentation, ce n’est pas le cas de la mésozéaxanthin. Sa présence dans la macula est les résultats d’une conversion enzymatique effectuée par l’organisme à partir de la lutéine. Son processus de fabrication industrielle par saponifictaton de la lutéine se fait sous haute température et dans un environnement fortement alcalin.

S’il existe un recul de 20 années d’utilisation de suppléments de lutéine et de zéathine, y compris une étude d’une durée de 5 ans portant sur 4 000 sujets, ce n’est pas le cas de la mésozéaxanthine[7].

Vérifier qu’une supplémentation est efficace

Avant de prescrire une supplémentation ou de décider de se supplémenter, il est toujours bénéfique de procéder à des analyses de sang pour vérifier quels sont les niveaux sanguins du ou des nutriments envisagé(s).

Dans le cas des caroténoïdes, comme la lutéine et la zéaxanthine, c’est d’autant plus important de le faire, que certaines personnes ne répondent pas à une supplémentation en caroténoïdes. Elles sont certes peu nombreuses. Il est néanmoins préférable de faire ces analyses avant le début de la supplémentation et quelques semaines après, pour vérifier son efficacité et, éventuellement adapter la dose aux besoins.

 

[1] Bone RA et al., Preliminary identification of the human macular pigment. Vision Res. 1985
[2] Bone R.A. Lutein and zeaxanthin dietary supplements raise macular pigment density and serum concentration in human. J. Nutr., 2003 Apr, 133(4)992-8.
[3] Schalch W. et al. Xantophyll accumulation in the human retina during supplementation with lutein or zeaxanthin, the LUXA (lutein xantophyll eye accumulation) study. Arch Biochem Biophys. 2007 Feb 15, 458(2) : 128-35.
[4] Brown L et al., A prospective study of carotenoid intake and risk of cataract extraction in US men. Am J Clin Nutr 1999 Oct, 70(4) : 517-24.
[5] Chasan-Taber L et al., A prospective study of carotenoid and vitamin A intakes and risk of cataract extraction in US women. Am J Clin Nutr 1999 Oct ;70(4)509-16.
[6] Richer S et al., Double-masked, placebo-controlled, randomized trial of lutein and antioxidant supplementation in the intervention of atrophic age-related macular degeneration : the Veterans LAST study (Lutein antioxidant supplementation trial). Optometry 2004 April, 75(4)216-30.
[7] Chew EY et al. Age-related eye disease study 2 research group lutein + zeaxanthin and omega-3 fatty acids for age-related macular degeneration : the age-related disease study 2 (AREDS2) randomized clinical trial. JAMA 2013 ;309(19) :2005-2015.

 

 

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